24/08/2018 - Portraits

Texte : Gérald Guétat - Photos : Henri Thibault

PROPHETE EN SON PAYS

Antonio Ghini - Directeur du Museo Ferrari

En Italie, un jour viendra où les voyageurs visiteront d’abord St Pierre de Rome, les Offices à Florence et le Museo Ferrari. Antonio Ghini, directeur du saint des saints à Maranello, a battu un record avec plus de 322.000 visiteurs sur un an. Ce meneur d’équipe, toujours en mouvement, est un habitué des succès et consacre toute son énergie à Ferrari depuis une vingtaine d’années.

Longines World’s Best Racehorse

Le "Cavallino Rampante" cabré à 3 mètres de haut, invite le monde entier à entrer au Museo Ferrari à Maranello.

Le coeur de Maranello, la ville « rouge », bat au rythme des moteurs qu’elle fabrique. Ses rues pavoisées d’oriflammes au cheval cabré résonnent en permanence du passage furtif des voitures d’essai tandis que traversent des colonnes de piétons en tenue aux couleurs de la Scuderia. On dirait que chaque jour est la veille d’un Grand Prix et cela dure depuis soixante-sept ans. Non loin du fameux restaurant « Il Cavallino » situé en face du siège historique de l’usine, un bâtiment ultra-moderne est en cours de construction pour abriter le futur quartier général de la Scuderia d’où elle défiera bientôt les écuries du monde entier.

Jamais la puissance évocatrice du mythe Ferrari n’a été aussi forte dans le monde, attirant sans cesse plus de passionnés qui convergent vers le musée qui lui est consacré. Ce succès sans précédent qui fait de chaque objet à l’emblème du Cavallino une véritable relique est le fruit d’un formidable travail d’équipe. Parmi les hommes clés qui ont forgé le nouveau destin de Ferrari après la mort du Commendatore, Antonio Ghini occupe une place déterminante, d’abord en tant que directeur de la communication et de la marque de 1993 à 2008 puis aujourd’hui, comme directeur du musée de Maranello et depuis peu du Museo Casa Natale Enzo Ferrari de Modène et du Ferrari Official Magazine. Le rencontrer, c’est entrer de plain-pied dans les secrets de la fabrication d’une légende dont le musée est un temple savamment positionné entre passé, présent et avenir. Et le tour de piste se fait immédiatement à plein régime. Notre homme est svelte et de haute stature, à la démarche vive et au regard perçant. Sans aucun doute, le feu de la passion l’anime dans une subtile alliance entre un goût immodéré pour l’action et un recul quasiment aristocratique sur le monde et les choses. On pourrait le décrire ainsi comme un joueur d’échec en vraie grandeur, déplaçant lui-même les pièces géantes d’un jeu complexe. On a souvent dit que le bel accomplissement d’une vie passe par la réalisation des rêves de jeunesse.

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Dans le hall d’entrée, cette carrosserie de 750 Monza non totalement conforme à l’originale a été conservée par Antonio Ghini, le directeur du musée et accrochée comme une oeuvre signée Scaglietti. L’opération s’est faite lorsque la 750 Monza du musée a été restaurée pour être exposée, roulante, dans une autre salle avec la « bonne » carrosserie. La 750 Monza doit son nom grâce à sa victoire lors de sa toute première course sur le circuit au nord de Milan en 1954 avec Mike Hawthorn et Umberto Maglioli au volant.

Quel plus bel exemple que celui d’un enfant de Bologne qui voyait filer chaque année sous ses fenêtres les bolides des Mille Miglia : «Tout enfant, en 1948, du jardin de mes parents, j’entendis une immense clameur. Tazio Nuvolari venait de passer au volant d’une Ferrari 166 Spyder Corsa. J’ai été fasciné. J’ai compris après que j’avais perçu un rapport presque mystique entre le champion, le bruit fabuleux de sa voiture et la ferveur de la foule ». Une magie envoûtante est déjà à l’oeuvre et les circonstances de la première visite d’Antonio Ghini chez Ferrari, dix ans plus tard, méritent le détour. Le jeune homme est alors le lecteur avide d’un magazine de sport automobile. Dans un numéro mémorable, il est offert aux dix premières réponses une visite à Maranello. L’appel est trop fort et au lieu d’aller en classe, Ghini saute dans le premier train pour Milan et se précipite aux bureaux de la rédaction, la mort dans l’âme à la perspective d’arriver trop tard : «En fait, j’étais le premier et sans aucun doute le plus déterminé à ne pas manquer une telle chance. En revanche, j’ai eu de gros problèmes avec ma mère qui me voyait très mal parti dans la vie avec ce penchant coupable pour Ferrari ». La suite, heureusement, donne tort à cette maman inquiète. Rassurée, elle voit son fils tour à tour abandonner ses ambitions de pilote et s’engager dans une belle carrière en communication et marketing avec un passage chez Renault où il invente, entre autres, les « journées portes ouvertes ». Ses missions pour la marque au losange lui donnent même l’occasion de rencontrer Enzo Ferrari quelques années avant sa mort. Ghini lui livre discrètement une confortable R25, probablement la dernière voiture personnelle du Commendatore qu’il avait fait précéder d’une R18 Turbo choisie pour son moteur.

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Cette 330 P3/P4 accueille les visiteurs de l’exposition « Sporting Spirit ». Cette pièce historique faisait partie du trio de tête remportant les 24H de Daytona en 1967 en compagnie de deux autres Ferrari P4, damant le pion à Ford sur son propre terrain.

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Antonio Ghini a tenu à ce que le musée expose tous les phases de développement des différents prototypes ayant abouti à la conception finale de la F150.

En 1993, Lucas di Montezemolo, brillant président de Ferrari, continue le redressement de la firme et engage Antonio Ghini à la direction de la communication et à la gestion de la marque. Trois mois plus tôt, il a recruté un certain Jean Todt... Dans tous les secteurs, le bouillant capitaine d’industrie s’entoure d’une équipe de choc avec les résultats que l’on sait. Malgré des hauts et des bas en Formule 1, la maison de Maranello se positionne partout au sommet dans le périmètre bien délimité qu’elle s’est fixé avec ce rapport unique entre la piste et la route : « La position de Ferrari devant les aides électroniques au pilotage montre à quel point l’innovation est vue seulement comme une amélioration des possibilités de la mécanique mais pas au risque d’une réduction du plaisir. L’homme reste toujours placé au centre des décisions, et non la technologie contenue dans son rôle pour qu’une Ferrari conserve toute sa vraie nature ». Pour Antonio Ghini, le courage est une des qualités primordiales en communication comme il l’a souvent prouvé en prenant des décisions risquées. Parmi elles, on se souvient de l’envoi de Ferrari 612 Scaglietti sur les routes de Chine et d’Inde contre l’avis de la direction de l’usine.

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Antonio Ghini et les différents responsables du musée (de g. à dr. Fabbio Fabbri, Francesco de Angelis, Elisabetta Zanni et Christos Vlahos) sont particulièrement fiers d’une des plus belles pièces exposée, la Ferrari P3/P4 conduite à la 3ème place aux 24h de Daytona 1967 par l'équipage Rodriguez-Guichet.

Mais, aussi bien le « China Tour » de 2005 que le « Magic India Tour » de 2008 furent un grand succès, non seulement en montrant la marque à des acheteurs potentiels de pays émergents mais en prouvant au monde entier la fiabilité des voitures. On comprend qu’Antonio Ghini, fort d’une vaste expérience d’acteur et d’observateur du monde de l’automobile, oriente ses actions en fonction de ce qu’il perçoit de plus intime dans les rapports de l’homme avec la machine. Un jour, Ghini a déclaré, en tant que directeur de la communication : «Ferrari est un rêve, et on ne fait pas de publicité à un rêve ».

Le musée qu’il a rénové en est une enrichissante illustration avec ses nouvelles salles, ses collections permanentes et ses expositions temporaires, en perpétuelle évolution dans un rythme aussi intense que celui d’une saison de course. Le terme « musée » est parfois encore associé à l’immobilisme poussiéreux. Ici, rien de tel. Il s’agit plutôt d’une entrée privilégiée dans l’univers d’une entreprise unique en son genre avec tout ce qu’elle comporte d’histoire technique et de facteurs humains : Le slogan inscrit à l’entrée propose de « vivre le rêve » : « Le visiteur est notre préoccupation première car une Ferrari n’est pas accessible à tous. Nous lui proposons donc de vivre une expérience émotionnelle, d’entrer dans la réalité de la marque en lui racontant son histoire sportive mais aussi tous ses liens avec le monde en général, son présent et ses recherches ». C’est bien cette sensation de vie en mouvement qui rend la visite aussi prenante, passant de l’arène survoltée des Formule 1 à l’univers futuriste des prototypes contemporains. En fin connaisseur du design comme un des beaux-arts, Antonio Ghini avoue avoir souvent à convaincre les concepteurs des bureaux d’étude de le laisser récupérer des voitures ou des pièces essentielles pour montrer les phases de recherche aboutissant aux modèles les plus avancés. Ghini aime surprendre comme en témoigne ce prototype de LaFerrari entièrement masqué d’adhésif noir qui servit, méconnaissable, aux essais sur route. Quel metteur en scène oserait montrer sa grande star féminine couverte de boue chez l’esthéticienne ? « Une telle pièce est traitée comme une archive qui, sans nos efforts, disparaîtrait. Le musée doit donc contribuer constamment à la constitution de la véritable histoire de Ferrari, une histoire culturelle de la beauté et de la technologie ».

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Antonio Ghini se prend à méditer au centre de la salle réservée aux Formule 1 qui ont apporté le succès à Maranello, avec Michael Schumacher à la fin des années 1990 et au début des années 2000.

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"Derrière chaque trophée, il y a des hommes, du courage et du talent" dit le texte sous quelques-unes des plus belles coupes qui ont récompensé les victoires des voitures d'Enzo Ferrari dans le monde.

Situé loin des principaux circuits touristiques italiens, le musée de Maranello se doit d’offrir un ensemble complet d’activités au visiteur. Les collections permanentes de voitures ayant fait l’histoire de la marque ou les expositions temporaires basées sur des thématiques actuelles ne suffisent plus à remplir un musée à la satifaction du grand public, individuel ou en famille, tiffosi ou simple admirateur, jeune ou plus âgé. C’est pourquoi : « Pour la première fois, nous montrons, en plus des Ferrari historiques les plus rares, le modèle le plus récent, LaFerrari dont seulement 499 exemplaires seront produits. Nous allons continuer à activer ce lien vital entre la légende historique de la marque et son futur. Ainsi, les visiteurs peuvent aussi expérimenter le travail d’équipe intense pendant un Grand Prix avec le Red Campus et deux simulateurs de Formule 1 ». Le musée de Maranello est déjà inséré dans un réseau régional et culturel baptisé « Terra di Motori », Modène et toute sa zone ayant été le lieu de naissance de Ferrari, de Maserati et de plusieurs autres marques légendaires de l’automobile sportive italienne : « Comme dans un orchestre symphonique, il faut un chef d’orchestre. A Maranello, nous savons que nous tenons le rôle de premier violon mais le succès futur des autres musées comme celui de Modène représente un véritable challenge ».

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Vue du cockpit de la 225S Export dessinée par Vignale qui permit à Antonio Stagnoli de monter sur la 3ème marche du podium du GP de Monaco 1952 réservé, cette année là, aux voitures de sport.

Antonio Ghini qui vient d’être nommé à la tête du futuriste Museo Casa Natale Enzo Ferrari inauguré en 2012, entre ainsi avec son équipe dans une nouvelle aventure de créativité pour dupliquer le formidable succès public de Maranello sans reproduire les mêmes thèmes d’exposition ou d’activités à Modène. Le potentiel de synergie entre les deux musées est considérable tant la richesse des collections, des histoires humaines et des recherches industrielles actuelles des grandes marques est grande. On ne serait pas surpris que le récent musée de Modène, avec la maison natale d’Enzo Ferrari, connaisse le même sort enviable que le site de Maranello. Antonio Ghini a clairement à coeur de donner à tous les passionnés de belles mécaniques et de formes sensuelles made in Italy de nouvelles occasions de se réjouir en faisant un beau voyage.

www.museo.ferrari.com
www.museocasaenzoferrari.it

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Inspirée directement par les technologies de la Formule 1, le musée expose cette maquette de la F150 à l'échelle 1 en argile synthétique. Il s’agit de la Ferrari la plus puissante jamais conçue.

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