30/03/2018 - Portraits

Par Etienne Visart - Photos  MICHAEL FURMAN

Ralph Lauren collection (Part 1/2)

L’Art Automobile

La collection privée de Ralph Lauren est une véritable pépite que RoadBook tenait absolument à vous présenter. Voici dix-sept chefs-d’œuvre de sa collection, mis en scène dans un superbe décor : la grande nef du musée des Arts décoratifs, situé rue de Rivoli, à Paris.

Par Etienne Visart - Photos  MICHAEL FURMAN

Ralph Lauren collection (Part 1/2)

L’Art Automobile

La collection privée de Ralph Lauren est une véritable pépite que RoadBook tenait absolument à vous présenter. Voici dix-sept chefs-d’œuvre de sa collection, mis en scène dans un superbe décor : la grande nef du musée des Arts décoratifs, situé rue de Rivoli, à Paris.

Longines World’s Best Racehorse

Mercedes-Benz SSK « Comte Trossi » (1930)
Basée sur le châssis de l’énorme Mercedes-Benz S conçue et dessinée par Ferdinand Porsche, alors ingénieur en chef chez Mercedes-Benz, la « courte » SSK (Super Sport Kurz) a été raccourcie de 48 centimètres par rapport au modèle d’origine pour un usage sportif, mais elle affiche encore une longueur de 477,5 cm et un poids de 1.815 kg. La version de compétition SSKL, née après le départ de Ferdinand Porsche, sera nettement plus légère (1.352 kg) et encore plus courte (425 cm), mais conservera l’imposant moteur à 6 cylindres en ligne à compresseur de 6,8 litres et de 300 chevaux. Une trentaine d’exemplaires de la SSK ont été fabriqués, mais le châssis « 36038 », propriété de Ralph Lauren actuellement, est habillé d’une carrosserie unique. ¬Agé alors d’à peine 22 ans, le comte Carlo Felice Trossi, riche industriel italien, a racheté ce châssis au Japon, où il avait été expédié par l’usine en 1928, et a imaginé le dessin d’une super sportive que Willy White, un styliste britannique, va transformer en réalité. La voiture est pour le moins spectaculaire avec son monstrueux capot d’où émergent les trois échappements du côté droit, avec son radiateur en coupe-vent, avec ses deux petits pare-brises profilés et avec ses ailes carénées à l’arrière. Parfaitement restaurée, elle a permis à Ralph Lauren de remporter le titre de « Best of Show » du concours d’élégance de Pebble Beach en 1993. Quant au comte Trossi, il tenta de construire sa propre voiture de course en 1935 avant de piloter pour Alfa Corse. Il remportera, notamment, le Grand Prix d’Italie en 1947 et le Grand Prix d’Europe (à Berne) en 1948 sur une Alfa Romeo 158 avant de mourir brusquement d’une tumeur au cerveau en 1949, à 41 ans.
• Engine: 6 cylinder • Power: 300 hp • Displacement: 7069 cc • Weight: 1810 kg • Top speed: 235 km/h

Né le 14 octobre 1939 de parents immigrés juifs de Russie, Ralph Lauren est associé, depuis la fin des années soixante, au cavalier joueur de polo, l’emblème de sa marque Polo RL cotée en bourse depuis une quinzaine d’années. Au fil du temps, Ralph Lauren a créé beaucoup d’autres marques de vêtements pour hommes, femmes et enfants, mais s’est également lancé dans la parfumerie ou dans la décoration de la maison et, il y a deux ans à peine, dans l’horlogerie et la joaillerie. Marié et père de trois enfants, Ralph Lauren est à la tête d’une fortune estimée à environ 6,2 milliards de dollars (selon le classement Forbes 2018). En 2010, il a reçu la plus haute décoration honorifique française, l’ordre de la Légion d’honneur, récompense qui l’a peut-être poussé à accepter de prêter une partie de sa collection d’automobiles de collection au musée des Arts décoratifs de Paris pour cette exposition inédite «L’Art de l’Automobile»...

Une ancienne passion !

Cette passion pour la belle automobile est une facette moins connue de Ralph Lauren, en Europe en tout cas. Aux Etats-Unis en effet, il conduit régulièrement certains de ses bolides (dont une Bugatti Veyron et une Ferrari 250 GTO, entre autres !) et participe, depuis près de trente ans déjà, à de nombreux concours d’élégance, dont le célèbre et prestigieux concours de Pebble Beach (créé en 1950 !). Cette commune du comté de Monterey, en Californie, est également connue pour ses parcours de golf au bord de l’océan Pacifique. Ce concours se déroule traditionnellement vers la mi-août et réunit ce qui se fait de mieux dans l’automobile depuis sa création jusqu’à nos jours au travers de nombreux événements et de multiples prix, dont le « clou » est le fameux « Best of Show ». Ralph Lauren l’a remporté à deux reprises, en 1993 avec sa superbe Mercedes-Benz SSK « Comte Trossi » de 1930 et en 1990 avec une exceptionnelle Bugatti Type 57 S(C) Atlantic de 1938, deux voitures qui figurent dans la sélection exposée à Paris.

Longines World’s Best Racehorse

Bugatti Type 57 S(C) Atlantic (1938)
"Best of Show" du concours d’élégance de Pebble Beach en 1990, la Bugatti Type 57 S(C) Atlantic de Ralph Lauren (n° 57591) représente le dernier des quatre exemplaires de ce chef-d’œuvre, qui incarne le sport et le luxe poussés à leur paroxysme : en un mot, l’exception automobile. La Bugatti Type 57 est un modèle particulièrement important dans l’histoire de Bugatti parce qu’elle sera produite de mars 1934 à mai 1940 en de nombreuses versions de carrosseries de prestige ainsi que de course, le Type 57G. Carrossé en « tank » pour des raisons aérodynamiques, ce dernier remporta les 24 Heures du Mans à deux reprises, en 1937 (sans compresseur) et en 1939 (avec compresseur). Ce fut la dernière victoire pour Bugatti et ce fut à son volant que Jean Bugatti trouva la mort, en août 1939, en sortant de la route pour éviter un cycliste. En 1937, une variante de la voiture de série est proposée, avec un châssis raccourci et surbaissé (d’où l’appellation « S »). Trois carrosseries habilleront ce châssis, dont le Coupé Atlantic. D’origine, ce dernier n’est pas fourni avec le moteur à compresseur, mais la plupart des propriétaires de Type 57S (Atlantic, Atalante et Aravis) adopteront ce bloc suralimenté, d’où le « C » entre parenthèses, permettant de dépasser la vitesse de 200 km/h. Dérivé du coupé T57 Aerolithe, le Coupé Atlantic se caractérise par sa carrosserie en alliage d’aluminium. Ce matériau se prêtant mal à l’emboutissage et à la soudure, Jean Bugatti est contraint à réaliser ailes et pavillon en deux parties puis à les assembler au moyen de rivets. Tout son talent réside dans l’art de contourner cet inconvénient technique en avantage stylistique. La robe de la belle n’est autre qu’une métaphore de vitesse et de puissance, suggérée encore par des portières se découpant dans le toit et par des vitres ellipsoïdales issues du registre aéronautique.
• Engine: in-line 8 cylinder • Power: 210 hp • Displacement: 3257 cc • Weight: 950 kg • Top speed: 200 km/h • 0 to 100 km/h: 10 s.

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Si elle rassemble quelques chefs-d’œuvre, la collection d’automobiles d’exception de Ralph Lauren peut-elle être considérée comme l’une des plus remarquables de la planète ? En quantité ou en qualité, Ralph Lauren n’affiche nullement cette prétention comme il le déclare humblement dans son interview dont on peut lire quelques extraits un peu plus loin. Pas plus qu’il ne recherche une quelconque forme de publicité pour lui ou pour ses marques à travers cette exposition ! Sa notoriété internationale est par contre un argument supplémentaire pour les organisateurs qui veulent avant tout démontrer que l’automobile est un art majeur dessiné par les plus grands noms : Alfa Romeo, Bentley, Bugatti, Jaguar, Mercedes-Benz, Porsche et, bien sûr, Ferrari. Choisis par le Commissaire Rodolphe Rapetti, Conservateur Général du Patrimoine, et mises en scène par Jean-Michel Wilmotte, ces fleurons de l’histoire automobile européenne ont de la ligne et des couleurs, des matériaux et du dessin, mais aussi beauté mécanique résultant de la recherche d’efficacité et de précision. Chacun de ces dix-sept véhicules d’exception a été conçu comme un chef-d’œuvre où s’allient innovation technologique et audace du style. L’aspect cinétique et sonore des véhicules est restitué par de nombreux films et enregistrements.

L’interview de Ralph Lauren

Dans le catalogue officiel « L’Art de l’Automobile, chefs-d’œuvre de la collection Ralph Lauren », Rodolphe Rapetti a recueilli les propos de l’homme d’affaires américain. Avec son autorisation, nous avons le plaisir de vous proposer quelques extraits de cette longue interview.

Longines World’s Best Racehorse

Alfa Romeo 8C 2300 Monza (1931)
Avec quatre victoires consécutives aux 24 Heures du Mans (1931, 1932, 1933 et 1934), trois victoires consécutives aux Mille Miglia (1932, 1933 et 1934), deux victoires successives aux 24 Heures de Francorchamps (1932 et 1933) et une victoire à la Targa Florio (1931), entre autres, l’Alfa Romeo 8C 2300 est LA voiture de course de référence de la première moitié des années trente. Le directeur de course de la marque milanaise est un grand spécialiste du genre, Enzo Ferrari, qui fait figurer sur les voitures qu’il engage son écusson, le célèbre étalon noir sur fond jaune. À partir de la version Grand Tourisme qui a reçu des carrosseries signées par Castagna, Pinin Farina, Touring et Zagato, notamment, Enzo Ferrari développera un modèle spécial Grand Prix, qui recevra l’appellation officielle « Monza » après la victoire de Tazio Nuvolari au Grand Prix d’Italie de 1931, couru sur le circuit de Monza. La même année, Tazio Nuvolari remportera quatre autres courses à son volant et l’Alfa Romeo 8C 2300 Monza en remportera encore quatre autres, soit neuf au total. C’est la voiture à battre : compacte, légère et puissante (Vittorio Jano a ajouté un compresseur au moteur à 8 cylindres en ligne et à double arbre à cames en tête de 2,3 litres). L’exemplaire personnel de Ralph Lauren, ex-voiture d’usine pilotée par Jean-Pierre Wimille puis par Battaglia, participa à maintes épreuves (Grand Prix de Lorraine 1932, Pau 1933, Monaco 1933, Targa Florio 1934, etc.).
• Engine: in-line 8 cylinder • Power: 165 ch • Displacement: 2336 cc • Weight: 1250 kg • Top speed: 225 km/h

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Alfa Romeo 8C 2900 Mille Miglia (1938)
Dans les années trente, sous l’impulsion de l’ingénieur Vittorio Jano, les moteurs à 8 cylindres vont faire les beaux jours d’Alfa Romeo tant en compétition que sur des modèles fabriqués en série. Cette période correspond en effet à la nationalisation de la marque milanaise qui servit d’instrument de propagande au gouvernement italien de Mussolini, entre autres, par des modèles prestigieux construits en très petit nombre. Le premier 8 cylindres de Jano ne fut utilisé que sur des voitures de Grand Prix. Vint alors le deuxième moteur à 8 cylindres conçu, à la base, pour équiper des voitures de production, avec une cylindrée de 2.336 cm3. Après une brève version intermédiaire de 2.654 cm3, la cylindrée du moteur fut portée à 2.905 cm3, la puissance atteignant 180 chevaux pour les voitures de route (20 exemplaires « Corto » et 10 exemplaires « Lungo » furent fabriqués entre 1937 et 1939 par Pinin Farina et, surtout, Touring) ou 220 chevaux pour la « Corsa » (6 unités de 1935 à 1939). L’usine milanaise s’adresse à la Carrozzeria Touring pour réaliser une petite série de quatre roadsters biplace destinés à participer aux Mille Miglia 1938, dont le premier exemplaire produit n’est autre que celui dont Ralph Lauren est aujourd’hui propriétaire, après le comte Trossi, Tommy Lee et Phil Hill, entre autres. Cette voiture, confiée à l’équipage Pintacuda et Mambelli, termine à une brillante deuxième place, après avoir dominé la course jusqu’au dernier point de contrôle. Ses ailes profilées en gouttes d’eau apportent la touche finale à cette extraordinaire automobile, qui peut être considérée comme la plus prestigieuse des GT produites avant-guerre. Alfa Romeo remporta encore les 24 Heures de Francorchamps en 1938 avec la 8C 2900, de même que les Mille Miglia en 1947, mais la 8C 2900, faute de développements, n’est plus en mesure de faire face à la concurrence des coupés sportifs.
• Engine: in-line 8 cylinder • Power: 225 hp • Displacement: 2905 cc • Weight: 1250 kg • Top speed: 185 km/h

Quelles étaient vos motivations pour collectionner de telles automobiles ?

Je ne me considère pas comme un collectionneur d’automobiles. Dans mon esprit, elles sont comme une part de moi-même. C’est un amusement, comme des jouets ; lorsque vous commencez à en essayer plusieurs et que vous pouvez vous les offrir, vous les regardez et vous rêvez de les acquérir. Chacune suscite une sensation différente. Peu importe que ce soit une Bugatti ou une Morgan 1961. Ma collection reflète cette diversité. Je n’ai jamais cherché à acheter des automobiles pour épater les gens ; je me vois plutôt les conduisant, vivant avec elles et les utilisant comme si elles faisaient partie de moi. Je ne les considère pas comme des objets merveilleux que je posséderais et que les autres viendraient admirer. Je les conduis et m’en sers pour me promener avec mes enfants. En fin de compte, je leur fais retrouver leur véritable nature. Pour moi, les automobiles sont de véritables œuvres d’art. Dans ma collection, certaines des plus anciennes ont réellement été faites à la main. Les finitions et le travail du métal étaient réalisés par des artisans. J’ai toujours aimé ces machines créées par des personnes qui mettent à profit leur passion pour la fabrication afin de donner naissance à de belles formes ou à des sons qui procurent du plaisir...

Vos voitures représentent-elles une source d’inspiration dans la création de vos objets ?

Ma vie quotidienne, mon travail, les choses que j’aime et les gens que je rencontre sont pour moi une source continue d’inspiration. Je suis constamment à la recherche d’idées pouvant développer ma vision créative. Les automobiles ont toujours été un élément enrichissant dans ce processus.

Quand je contemple une voiture, j’aime ses prises d’air très stylisées, une rangée de rivets en acier, un enjoliveur ou un bouchon de réservoir, un volant parfaitement travaillé, des garnitures d’un cuir onctueux, un tableau de bord en ronce de bois soigneusement poli ou la beauté d’une sangle en cuir sur la capote. Je m’empare de ces détails et les utilise pour créer aussi bien une montre qu’un fauteuil destiné à une femme en robe de soirée. Lorsque, l’an dernier, nous avons lancé la collection de montres Ralph Lauren, de nombreuses formes provenaient de dessins de nos archives. La plus novatrice est directement inspirée de ma Bugatti Atlantic. Je l’ai appelée The Dash parce que son cadran est une reprise du tableau de bord en ronce. Elle s’inscrit dans l’esprit des lignes pures de la voiture...

- Pourriez-vous évoquer les principes généraux appliqués à la restauration de vos voitures ?

- La chose la plus importante dans le domaine de la restauration est de faire appel à ceux qui sont vraiment compétents, les experts. Il y a des experts différents pour Ferrari et Mercedes, pour les Mercedes « Papillon » et pour les Bugatti. Il faut rechercher l’authenticité. Toutes mes voitures ont été restaurées, parce que j’ai toujours voulu éviter de tomber en panne sur la route. La restauration, pour moi, est surtout une question de qualité et de respect des détails d’origine. Je n’étais pas « restaurateur » jusqu’à ce que j’aie la chance de rencontrer Paul Russel, un historien de l’automobile et restaurateur de Boston, qui a ensuite travaillé avec moi pendant une vingtaine d’années. La restauration est un travail délicat. À mes yeux, il ne peut y avoir aucune tricherie dans l’opération...

Aimeriez-vous créer une voiture ?

Dessiner une automobile et dessiner une collection de mode requièrent un certain métier et une vision, ce sont deux choses totalement différentes. Je sais ce que j’aime dans une voiture, mais je ne me considérerai jamais comme un designer automobile. Choisir la couleur d’une voiture n’est pas la dessiner. J’ai un immense respect pour ceux qui le font. Ils mènent leur carrière comme je mène la mienne. Quand j’étais jeune, je pouvais regarder une Bentley ou une Mercedes et dire : « Oh, cette voiture est si belle ! Regarde les cuirs intérieurs, le tableau de bord en ronce. » Puis passait une Porsche tout à fait austère et minimaliste. Si vous m’aviez demandé laquelle était la plus belle, j’aurais eu des arguments en faveur de chacune. Je ne pense pas que j’aurais jamais pu concevoir la Porsche ou la Bentley. Mais j’aurais pu imaginer comment faire d’elles la plus belle Porsche ou la plus belle Bentley...

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Ferrari 375 Plus (1954)
Dans la fabuleuse et incroyable liste de voitures de course produites par Ferrari, certaines vivent dans l’ombre d’autres, sans que l’on sache vraiment pourquoi. Ainsi, la 375 Plus est relativement peu connue, nettement moins en tout cas que les Testa Rossa, par exemple, alors qu’elle a remporté, en 1954, les 24 Heures du Mans et la Carrera Panamericana, entre autres. Il est vrai qu’elle n’a été produite par l’usine que pendant un an et, dit-on, à cinq exemplaires seulement, sans oublier d’ajouter qu’elle n’a jamais été conduite par une grande « star » de l’époque. Un mois avant les 24 Heures du Mans, elle avait déjà gagné à Silverstone, une épreuve du championnat du monde, sur les terres de Jaguar grâce à un José Froilan Gonzalez déchaîné. Dérivée de la 375 MM, la 375 Plus reçoit un plus gros réservoir qui permet d’améliorer l’autonomie, un essieu De Dion qui assure une meilleure stabilité de la voiture dans les longues courbes négociées à vitesses élevées et, surtout, un allongement sensible de la course (de 68 à 74,5 mm) qui fait que l’on obtient un moteur un peu moins « pointu ». Pour une cylindrée de 4954 cc, le V12 délivre sa puissance maximale à un régime sensiblement inférieur et le couple à bas régime est plus généreux. Voilà ce qui résume les « plus » de la 375 Plus... L’habitacle est rudimentaire : quelques bouts de pièces en aluminium rivetées sur de gros tubes en acier, un siège moins confortable qu’un tabouret, un saute vent minuscule pour se protéger des mouches, un volant énorme et des instruments dominés, au centre, par le compte-tours. En outre, comme la plupart des voitures de course, la conduite est à droite (sur un circuit, où l’on roule généralement dans le sens des aiguilles d’une montre, la majorité des virages vont vers la droite !), donc la commande centrale de la boîte de vitesses s’opère de la main gauche. Et puis, il y a le pédalier, complètement désuet aujourd’hui : l’embrayage à droite, les freins à gauche et l’accélérateur... au centre ! La voiture de Ralph Lauren n’est autre que l’ultime châssis de la série, sorti d’usine en 1954. « 0398 AM » a connu une carrière en Argentine, souvent confiée au pilote Valiente, qui s’est illustré à son volant.
• Engine: V12 • Power: 340 hp • Displacement: 4954 cc • Weight: 950 kg • Top speed: 250 km/h

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JaguaR XKD (1955)
Battu par Ferrari en 1954 après avoir gagné en 1951 et en 1953 avec la C-Type, Sir William Lyons décide de poursuivre sa quête de victoires aux 24 Heures du Mans avec sa marque Jaguar, mais avec une nouvelle évolution dite d’abord XKD avant de recevoir le nom définitif de D-Type. Bien lui en prit puisque la Jaguar D-Type, après avoir échoué à la deuxième place en 1954, remporte la grande course d’endurance française à trois reprises consécutives : 1955 (la D-Type de l’Ecurie Francorchamps terminera troisième), 1956 (avec, en plus, la quatrième place de la D-Type de L’Equipe Nationale Belge et le célèbre épisode de l’accident de Paul Frère au deuxième tour !) et 1957 (où les Jaguar D-Type occupent les quatre premières places). L’aérodynamicien aéronautique Malcolm Sayer conçoit une voiture anticonformiste. La D-Type, dotée d’un long capot sans calandre et d’un arrière effilé très gracieux, est surtout identifiable grâce à une originale dérive, qui prolonge l’appuie-tête du pilote et autorise un surcroît de stabilité à haute vitesse. Disposant du classique moteur à 6 cylindres 3,4 litres de la marque (les dernières recevront le 3,8), la D-Type, bâtie sur une structure monocoque, est également pourvue de freins à disques. La version « long nose », (dont seuls 10 exemplaires sortent d’usine, parmi lesquels la « 505/601 » de Ralph Lauren) assure un gain d’une quinzaine de kilomètres à l’heure en vitesse de pointe, lui permettant d’atteindre 260 km/h. Aucune voiture des années 1950 n’incarne mieux la vitesse que cette Jaguar : c’est la voiture la plus titrée de sa génération. En 1958, une nouvelle réglementation limitant la cylindrée des moteurs à 3 litres mettra un terme prématuré à sa carrière, même si certaines D-Type privées reçurent un moteur correspondant à cette modification.
• Engine: in-line 6 cylinder • Power: 245 hp • Displacement: 3440 cc • Top speed: 260 km/h

Longines World’s Best Racehorse

Ferrari 250 Testa rossa (1958)
Célèbre barquette de course, la Ferrari 250 Testa Rossa restera une voiture marquante dans l’histoire du sport automobile en général et du sport automobile belge en particulier. C’est à son volant qu’Olivier Gendebien remporta trois de ses quatre victoires aux 24 Heures du Mans, en 1958, en 1960 (avec notre autre compatriote Paul Frère, seule victoire à cent pour cent belge !) et en 1961. Au volant de la même Ferrari 250 Testa Rossa, Olivier Gendebien gagnera également les 12 Heures de Sebring et la Targa Florio à deux reprises. La 250 « Testa Rossa » (« tête rouge ») doit son nom aux caches arbre à cames peints de couleur rouge sur son moteur à 12 cylindres en V de 3 litres de cylindrée. Réalisée par la Carrozzeria Scaglietti d’après un dessin de Pinin farina, qui propose un corps de torpille, la voiture dispose d’un appuie-tête émergeant de la carrosserie et de phares intégrés derrière un bulbe de plexiglas. La ligne très particulière de cette barquette s’avère avant tout fonctionnelle plus qu’esthétique. En effet, l’originalité des ailes avant permet de ne couvrir que partiellement les roues, afin d’obtenir un refroidissement efficace des freins à tambour. Dotée d’une caisse légère autorisant des pointes à 270 km/h, son moteur de 300 chevaux lui permet de remporter de très nombreuses victoires. La voiture de Ralph Lauren est la quatorzième des 34 exemplaires similaires produits par la marque et, surtout, l’un des rares à conduite à gauche, destinée aux versions « clients » : les voitures d’usine étaient en conduite à droite...
• Engine: V12 • Power: 300 hp • Displacement: 2953 cc • Weight: 790 kg • Top speed: 270 km/h

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Mercedes-Benz 300 SL Coupé (1955)
Portant le nom de code interne « W198 », la Mercedes-Benz 300 SL (pour Sport Leicht !) à portes papillons (d’où son surnom de « Gullwing ») était une voiture de course à peine déguisée pour un usage sur la route. Directement issu de la « W194 » de course, qui remporta la Carrera Panamericana et, surtout, les 24 Heures du Mans en 1952, ce coupé (produit à 1.400 exemplaires de 1954 à 1957) vit essentiellement le jour grâce à l’insistance de Max Hoffmann. D’origine autrichienne, Max Hoffmann assure, en plus d’autres marques européennes, l’importation de Mercedes-Benz aux Etats-Unis depuis le début de l’année 1952 et bénéficie d’un poids certain à Stuttgart, vendant déjà un bon tiers de la production totale de la marque aux USA : il s’engage d’ailleurs à vendre au moins un millier de 300 SL. Et Mercedes-Benz a besoin d’argent pour mener à bien son nouveau programme sportif concocté par Rudolf Uhlenhaut... Cet ingénieur allemand s’active depuis 1951 sur ce projet, motivé en outre par une modification du règlement des Grands Prix prévue pour la saison 1954, contexte nécessitant également une remise en question des autres constructeurs concurrents. Un moteur de six cylindres de trois litres, extrapolé de celui de la limousine 300, est incorporé au cœur d’un châssis multitubulaire ultraléger, empêchant l’implantation de portières conventionnelles, du fait d’un seuil surélevé, ou encore de vitres ouvrantes. Ce handicap se transforme bien vite en coup de génie stylistique, par l’adoption de superbes portes papillon ouvrant de bas en haut. Après une brève mise au point, la 300 SL gagne course sur course, suivie, seulement l’année suivante, par l’élaboration d’une version de série, pour le plus grand plaisir des clients de la maison Mercedes, parmi lesquels Herbert von Karajan, Sophia Loren ou encore Elvis Presley, qui adoptent la nouvelle voiture. De nombreux pilotes de renom l’adoptent également pour participer à différentes épreuves routières et, parmi eux, quelques Belges comme, entre autres, Gilberte Thirion, Olivier Gendebien, qui gagnera le Liège-Rome-Liège et la Coupe des Dolomites en 1955, et Willy Mairesse, qui gagnera, notamment, l’édition 1956 du Liège-Rome-Liège...
• Engine: in-line 6 cylinder • Power: 240 hp • Displacement: 2996 cc • Weight: 1290 kg • Top speed: 235 km/h • 0 to 100 km/h: 8,8 s.

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